Photographies projetées au 20ème Festival international de photojournalisme "Visa pour l'image", Perpignan, 2008
La Chine est à mes yeux un vaste Empire rural qui, hormis quelques points d’ouverture, vit toujours comme sur un îlot, tourné vers lui-même. Mais un îlot qui s’urbanise au point d’en perdre ses campagnes transformées en méga nouvelles villes. Or il y a en Chine, sur une petite île à proximité de Canton, un village, Guanzhou, qui va bientôt disparaître. Paradoxale situation d’une île réelle sur une île fantasmée qui catalyse toutes les richesses et contradictions d’un pays en voie « d’ouverture ».
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China appears to me as a vaste rural Empire which, except for few opened points, lives as an island, turned on itself. But an island urbanizing at a point that its countryside is going to be lost as it is transformed into new mega cities. Now, there's in China, on a small Island nearby Guangzhou a village, named Guanzhou, which is going to desappear soon. A paradoxical situation of a real island on a fantasy island which concentrates all the wealth and the contradictions of a nation in the way of « developing ».
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China es a mis ojos un vasto Imperio rural que, fuera de algunos puntos de apertura, sigue viviendo como en una isla, con la mirada vuelta hacia sí misma. Pero una isla que va urbanizándose, al punto de perder sus campos, transformados en mega ciudades nuevas. Ahora bien, hay en China, en una pequeńa isla próxima a Cantón, una aldea, Guanzhou, a punto de desaparecer. Paradójica situación de una isla real en una isla fantasma que cataliza todas las riquezas y contradicciones de un país en camino de « apertura ».
Texte en français:
Qui ne sera pas surpris de déboucher, à vingt minutes d’une des plus grandes villes de Chine, dans un village regorgeant de tradition. La légende veut que la naissance du village de Guanzhou, situé au sud de Canton, remonte à 800 ans, quand un mandarin y a installé son fief, fuyant le pouvoir central, sous le nom d’emprunt Chen. Mais les champs ont été rasés depuis trois ans et le métro relie déjà le centre de l’île à Canton, reliant au continent ce bout de terrain resté en marge de l’histoire d’un pays en pleine reconstruction. Le village doit être détruit pour un projet à prétention écologique, mais les villageois pensent que des résidences de luxe ou un site touristique y verront le jour.
Mais tout cela, on n’en parle guère. Tout au plus, les langues bien pendues vous le feront comprendre, et seulement entre les lignes. Certains manifestent leur mécontentement à l’idée de partir vivre dans un de ces 19 immeubles construits en face de l’île où les 2000 habitants du clan Chen seront bientôt relogés, mais à quoi bon se fatiguer à de telles remises en questions. Si on a compris que pour rester en liberté il fallait avaler le discours des autorités, qui prétendent améliorer les conditions de vie collective, il n’en faut pas moins trouver le riz nécessaire à sa survie. Et pour cela, il faut bêcher, car le Parti a depuis longtemps cessé de se préoccuper des ventres qui gargouillent dans son pays.
Depuis que les champs ont été détruits, des potagers ont ainsi vu le jour partout où le sol n’est pas frappé d’interdiction de planter : en contrebas des champs, au pied des immeubles, à l’entrée du métro… Quelques légumes saisonniers dans cette région chaude de Chine suffisent à nourrir les bouches, mais il faut encore payer factures, frais scolaires, etc. Le reste du temps, les femmes confectionnent donc à domicile des pièces décoratives pour une usine textile tenue par un des villageois, tandis que les hommes prennent le métro pour se rendre sur les chantiers, en ville.
Il est donc encore temps de prendre le métro, avant que l’urbanisation galopante n’ait littéralement gagné le terrain, pour visiter quelques temples authentiques et profiter du bon air de campagne que respire Guanzhou. Projetés dans le futur d’un passé en décomposition, vous pourrez y voir ce qui bientôt sera de l’ordre du souvenir.
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