Boris Svartzman

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Ce qui reste d’un certain Printemps, à Prague / What's left of a certain springtime in Prague / Lo que queda de aquella primavera en Praga

Text & Photos for Cafebabel.com, 03/2008

 

Dans quelques mois, Prague commémorera les 40 ans du fameux « Printemps » démocratique qui souleva la ville au siècle dernier. Un ras-le-bol spontané qui avait surpris le monde entier, avant d’être réprimé par le régime soviétique. Quelques années seulement après la prise du pouvoir par le Parti communiste tchèque, ses membres au pouvoir ont compris les besoins de la société tchèque. Les noms de citoyens dissidents, Vaclav Havel ou Petr Uhl et d'hommes de Parti, Dubcek notamment, marquent cette fin des années 60 et l'avènement d'une société nouvelle et libérée. Le « socialisme à visage humain », point d'orgue du détachement progressif de la population vis-à-vis de la logique systémique imposée par l'URSS, semblait enfin possible. 

 
Mais l'anniversaire du Printemps de Prague nous rappelle surtout celui de la répression soviétique appuyée par les pays signataires du Pacte de Varsovie. La reprise en main du pouvoir a gelé toute autonomie pour une longue période dite de « normalisation » qui suivit le recours à la force. Plus que la répression, ne devrions-nous donc pas célébrer cette longue quête de liberté qui s'arrêta le jour de l'intervention soviétique ? Petr Fleischman est conseillé aux affaires étrangères de la République Tchèque. En 1968, il était sur les barricades de Paris : « Je m'amusais avec les copains, mais dès que je pouvais accéder à un poste de radio, je l'allumais pour voir comment évoluait la situation à Prague. Car ce qui s'y passait là-bas était symboliquement bien plus important que Mai 68 », se souvient-il.

 

A l'Ouest, les pays occidentalisés se révoltaient justement pour un concept de liberté qui restait délimité spatialement par le bloc communiste. Pour Petr Fleischman, les événements de Prague ont permis « à la gauche des pays démocratiques de rêver, un moment soit-il, qu'un régime économico-politique qui éliminerait les méfaits du capitalisme sans toucher à la liberté des êtres humains, était possible. » Or la commémoration d'un tel événement dans un monde battant aujourd'hui au rythme du libéralisme économique comporte le risque d'oublier les aspirations qui visaient a rendre plus humain un système dont on ne voulait se défaire.

 

Alors, avec la fin du communisme, la liberté est-elle enfin arrivée ? Si le pays se construit sur une purification de son passé et ne laisse aucune chance de rédemption à l'idée du communisme, se prive-t-il de penser un monde commun dont le communisme fut, un jour, une aspiration commune ? Nous pouvons penser avec Fleischmann que « si le régime est tombé, les structures mentales établies en son temps continuent d'exister dans un anti-communisme aussi dogmatique ». Comme si l'histoire oubliée s'arrangeait toujours pour émerger encore et encore au fil des générations.

 

(Pour un bon résumé du climat autour des événements de Prague voir l'article de Marc Semo, Libération)

 

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In a few months, Prague will commemorate forty years of it’s famous democratic ‘spring’, which ended revolt in the capital this past century. It was a spontaneous protest which caught the world by surprise, before it was reprimanded by the Soviet regime.t’s not been that long since the communist party took power in the Czech Republic, when its members thought they understood the needs of Czech society. A number of citizen dissidents, such as Vaclav Havel or Peter Uhl, and the men from the party, like Alexander Dubcek, helped mark the end of the sixties with the arrival of a new and free society. Socialism with a human face, rooted in the progressive indifference of the population until the systematic logic imposed by the USSR, seemed possible at last.

 

But above all the anniversary of the ‘Prague Spring’ reminds us of the support that Soviet repression received from the countries who had signed the Warsaw pact. A reality which froze all autonomy, of every abnormality for this power which didn’t doubt calling the period that followed as a period of ‘normalisation.’ More than repression, shouldn’t we be celebrating the immense battle for freedom, paralysed the day that the soviets intervened?
Petr Fleischman is a foreign affairs consultant in the Czech Republic. In 1968, he took part in the Paris barricades: ‘I had fun with my friends, but anytime I could get my hands on a radio, I would switch it on to find out how it was going in Prague. What happened there was symbolically much more important than May 1968,’ he recalls.

 

In the west, westernised countries protested for a concept of freedom which had been limited geographically by the communist bloc. For Petr Fleischman, Prague’s successes momentarily allowed ‘the left of democratic countries to dream that an economic and political regime, which eliminated the damages of capitalism with respect to human liberties, was possible.’ Now commemorating such an event in a world governed by economic liberalism is susceptible to forgetting the aspirations led to make a system which we don’t want to destroy more human.

 

So, did freedom come with the end of communism? If the country is built on a purification of its past and does not deny any opportunities of redemption of the idea of communism, doesn’t it delete the idea that that at one point, communism was a common aspiration? Like Fleischmann, we could think that ‘if the regime came down, the mental structures established in this time continued to exist in an equally dogmatic anti-communism.’ As if history forgot to figure out how to emerge in the following generations.

Translation : Nabeelah Shabbir

 

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En unos meses, Praga conmemorará los 40 años de su famosa “primavera” democrática, que sublevó a la ciudad el pasado siglo. Una protesta espontánea que sorprendió al mundo entero, antes de ser reprimida por el régimen soviético.

 

No hace tantos años de la toma de poder por parte del Partido Comunista checo, y sus miembros comprendieron las necesidades de la sociedad checa. Los nombres de ciudadanos disidentes, Vaclav Havel o Petr Uhl, y de hombres del partido, como Dubcek, marcan el fin de los años 60 y la llegada de una sociedad nueva y libre. El socialismo con cara humana, origen de la indiferencia progresiva de la población hacia la lógica sistemática impuesta por la URSS, parecía finalmente posible.


Pero el aniversario de ‘la primavera de Praga’ nos recuerda, sobre todo, el apoyo que la represión soviética recibió de los países firmantes del Pacto de Varsovia. Una realidad que congeló toda autonomía, del todo anormal para ese poder que no dudó en llamar al periodo siguiente ‘de normalización’. Más que la represión, ¿no deberíamos celebrar la larga lucha por conquistar la libertad, paralizada el día de la intervención soviética?
Petr Fleischman es consejero de asuntos exteriores de la República Checa. En 1968, estaba en las barricadas de París: “me divertía con los compañeros, pero en cuanto podía acceder a un aparato de radio, lo encendía para ver cómo evolucionaba la situación en Praga. Lo que pasaba allí era simbólicamente mucho más importante que el Mayo del 68”, recuerda.


En el Oeste, los países occidentalizados protestaban por conseguir un concepto de libertad que seguía limitada en el espacio por el bloque comunista. Para Petr Fleischman, los sucesos de Praga permitieron “a la izquierda de los países democráticos, soñar, por un momento, que un régimen económico y político que eliminara los perjuicios del capitalismo respetando las libertades humanas, era posible”. Ahora bien, la conmemoración de tal evento en un mundo regido por el liberalismo económico es susceptible de olvidar las aspiraciones dirigidas a hacer más humano un sistema del que no nos queremos deshacer.


Entonces, con el fin del comunismo, ¿ha llegado la libertad? Si el país se construye sobre una purificación de su pasado y no deja ninguna oportunidad de redención a la idea del comunismo, ¿no se suprime el recuerdo de que un día el comunismo fue una aspiración común? Podemos pensar como Fleischmann que “si el régimen cayó, las estructuras mentales establecidas en ese tiempo continúan existiendo en un anticomunismo también dogmático”. Como si la historia olvidada se las ingeniara para emerger en las siguientes generaciones.

Traducción : Pedro Picón Jiménez

 

 

/Thanks to Vítek Nejedlo for his collaboration

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